#1 – Les enfants et les écrans : mode d’emploi jusqu’à 6 ans

EPISODE #1 pour cette mini-série dédiée à l’utilisation des écrans par nos enfants

De 0 à 6 ans

Vous connaissez peut-être déjà nos histoires de bêtises avec Noé. Cette fois-ci, nous vous proposons une série de podcasts autour des questions de parents. Pour cette première série de 4 épisodes, nous vous parlerons de l’utilisation des écrans par nos enfants. Télévision, tablette, smartphone, DVD, tout y passe.

En tant que parent, nous avons besoin de conseils pour savoir comment gérer l’utilisation des écrans avec nos enfants.

Un expert : Serge Tisseron

Au micro de notre série, Serge Tisseron, psychiatre qui a justement imaginé des repères pour savoir quels écrans et à quel âge les présenter.

 

Ce premier épisode présente les précautions à prendre pour les enfants de la naissance à leur 6 ans, l’âge où ils rentrent en CP.

Version TEXTE

L’association 3 6 9 12, comment c’est né ?

C’est né en 2007-2008 après la fameuse campagne “Pas de télé pour les moins de 3 ans”. Cette campagne que j’ai lancé en 2006 a eu beaucoup de succès. Elle a été suivi par beaucoup d’associations et de professionnels. Le Ministère de la santé s’est mobilisé ainsi que le CSA. Puis, c’est devenu un conseil bien relayé auprès des parents.

Mais les parents m’ont dit : “oui on a compris “pas d’écran avant 3 ans mais après ?” Je me suis dit il faut proposer d’autres conseils pour les autres tranches d’âge. C’est devenu 3-6-9-12.

Affiche 3 6 9 12 pour apprivoiser les écrans et grandir

Pourquoi ces tranches d’âge 3-6-9-12 ans ?

3 c’est l’âge où il rentre en maternelle. 6 c’est quand il rentre au CP. 9 c’est l’âge où il sait à peu près lire et écrire. Il se montre très curieux d’internet à cet âge là. Et puis 12 c’est l’âge où l’enfant est rentré dans la puberté et là son éloignement des parents va s’accélérer très vite. ça, les parents des ados le savent bien !

Donc, 3-6-9-12, ce sont des repères pour conseiller quels écrans introduire dans la vie de leur enfant, dans quelle proportion l’introduire puis comment accompagner leur enfant. Ce n’est pas seulement des repères pour dire quels écrans interdire, c’est des repères pour savoir comment accompagner l’enfant dans sa découverte des écrans.

Il est bien évident que nous aurons de plus en plus d’outils numériques. Il faut que nous les connaissions : leurs dangers, ce qu’ils peuvent nous apporter et ce qu’ils ne peuvent pas nous apporter. D’où l’importance d’une éducation au bon usage des écrans.

 

Si on reprend ces repères d’âge pour en donner les grandes lignes, qu’est-ce que cela signifie ?

3, ça n’a pas changé, c’est toujours éviter les écrans parce que l’on sait que l’enfant a besoin d’apprendre tellement de choses dans cette tranche d’âge là. L’enfant a peu d’heures d’éveil dans la journée. Il faut qu’il développe une relation au monde qui implique tous ses sens. Ainsi, il faut qu’il puisse développer sa motricité, qu’il puisse interagir avec un visage humain pour se familiariser avec comme support de relation. Tout ça lui prend beaucoup de temps. Conclusion : Tout le temps où l’on met un enfant devant un écran avant ses 3  ans est du temps perdu pour tous ces apprentissages.

Mais, par exemple, si un parent a envie de jouer 10 min avec son enfant sur la tablette, pourquoi pas. Cela doit toujours rester sur des périodes très très courtes, accompagnées et sans autre intention que de passer un bon moment ensemble. La règle c’est pas d’écran avant 3 ans. Il y a des exceptions mais elles sont vraiment propres au plaisir que les parents ont à utiliser les outils numériques dans la journée avec leur tout petit.

 

A partir de 3  ans, qu’est-ce qui change ?

A partir de 3 ans, on introduit les écrans dans la vie de l’enfant : il va y avoir affaire toute sa vie mais on va veiller à deux principes importants.

Le premier principe important, c’est quand un enfant est seul devant un écran, on va bien lui préciser à partir de quel moment ça va s’arrêter. En d’autres termes, il ne faut pas dire à un enfant dans la journée “tiens voilà la télé” “tiens voilà la tablette”. Il faut préciser chaque jour une tranche horaire comme par exemple 17h-17h30. De préférence, il faut caler l’activité d’écran avant une autre activité comme le bain. Comme ça, on est sûr que ça s’arrête donc fixer un emploi du temps dans la journée. Sur le principe, on ne grignote pas les écrans à tout moment. On sait bien que l’on prend les repas à heure fixe. De la même manière on va prendre sa tranche d’écran à heure fixe : ça peut être 15-20-30 min.

 

Plutôt télé ou DVD ?

Deuxième principe, vous allez plutôt préférer un DVD à la télévision ou à une tablette. Pourquoi ? Parce qu’un DVD est une petite séquence. L’enfant va se familiariser avec cette séquence en la regardant plusieurs fois.

Puis, il est préférable qu’il choisisse son DVD : il aura un rôle actif. Vous pouvez constituer une petite bibliothèque : 2-3 à la limite ça suffit. On peut les récupérer chez les parents dont les enfants ont déjà grandi.

L’idée c’est que l’enfant soit inviter à faire un choix et qu’il puisse regarder plusieurs fois un même programme de manière à se familiariser avec, de la même manière qu’il se familiarise avec l’histoire qu’on lui raconte.

 

Pourquoi en parler avec lui ? A quel moment en parler ?

Puis, 3ème principe, dès 3 ans, l’enfant est capable de parler de ce qu’il a vu. Si un parent met son enfant 20 min devant “Petit Ours brun”, “L’âne Trotro” ou “La petite taupe”, il va pouvoir en parler le soir au moment du repas. Vous direz “Moi je n’ai pas eu le temps de regarder “L’âne Trotro”. Je n’ai pas eu le temps de regarder la télé donc qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui, raconte-moi.” Là, l’enfant va commencer à raconter. Le parent va lui rendre un service fantastique. Il va lui permettre de développer l’intelligence narrative. Parce que les écrans développent un certain nombre de capacités, notamment l’intelligence visio-spatiale mais l’intelligence narrative est absente de notre relation aux écrans.

Pourquoi les écrans ne développent-ils pas l’intelligence narrative ?

Tout simplement parce que même s’il y a les écrans qui racontent une histoire : elle va tellement vite, elle est tellement colorée, tellement excitante que nous ne suivons pas la narration. Nous nous remplissons les yeux mais nous ne suivons pas la narration. C’est le moment où le parent va dire à l’enfant “Qu’est-ce que tu as vu ?” que l’enfant va se mettre à réfléchir. Il va prendre du recul, il va commencer à raconter et le parent va l’introduire à la narration.

 

Quel est le constat en France ?

Les enfants en France ont plutôt un bon vocabulaire mais en revanche ils ont de grosses difficultés à raconter. Donc pour éviter ce problème, on commence à raconter les dessins animés qu’on a vu puis dans un deuxième temps, il va pouvoir parler de lui, de ce qu’il fait à l’école mais le support des images est le meilleur support pour développer l’intelligence narrative.

 

Parlons de l’importance de développer l’habileté des dix doigts…

N’oublions pas qu’entre 3 et 6 ans, c’est une période très privilégiée pour développer  l’habileté des dix doigts : le pliage, le découpage, le collage, le dessin…

Il y a des familles où il n’y a pas de crayons de couleur ni de papier. Des familles où les enfants découvrent les crayons de couleur lorsque l’école demande aux parents de les acheter. Achetons des crayons de couleur et du papier dès leur naissance. Avec l’habileté de ses dix doigts, il peut jouer à la pâte à modeler, faire la cuisine avec ses parents, le bricolage mais l’activité des dix doigts est extrêmement importante. Aujourd’hui, des enfants ne savent pas utiliser leurs dix doigts. Il ne faut pas oublier de les utiliser car ça peut servir à beaucoup de choses comme la vie amoureuse et cela développe des capacités cérébrales, notamment la capacité de concevoir le monde en trois dimensions.

 

Doit-on montrer le bon exemple ?

Entre 3 et 6 ans, vous pouvez :

  • introduire les écrans progressivement,
  • inviter l’enfant à en parler,
  • ritualiser les moments d’écran,
  • réaliser cette forme d’accompagnement quotidien.

Si l’enfant essaye de communiquer avec son parent qui est sur son smartphone, il a beau avoir entre la naissance et 6 ans, il s’en souviendra. L’accompagnement de l’enfant à la découverte des écrans, c’est aussi une autodiscipline des parents. Dès la naissance, il faut prévoir des moments sans écran ni smartphone avec son enfant.

Et voilà, c’est fini ! Cette rencontre avec Serge Tisseron a été passionnante, nous avons appris plein de choses et vous aussi, je l’espère ! N’hésitez pas à partager ce podcast pour faire profiter vos amis des précieux conseils de cet expert. Et pour aller plus loin, Serge Tisseron est l’auteur de nombreux ouvrages aux éditions Erès.

Tous les liens sont disponibles dans cet article


Serge Tisseron

3-6-9-12 – Apprivoiser les écrans et grandir

Éditions érès – NOUVELLE ÉDITION, 160 pages, 10 €


Serge Tisseron
Les dangers de la télé pour les bébés

Éditions érès – NOUVELLE ÉDITION ACTUALISÉE, 150 pages, 10 €


Serge Tisseron

Guide de survie aux accros des écrans,

ou Comment garder à la fois mon ordi

et mes parents

2015, Paris, Nathan

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